
Issy les Moulineaux, le 3 juin
2004 - Contact : François RAINERI : 01
41 90 98 20
Dossier médical partagé :
des questions préalables.
Lors du salon Hôpital-Expo le 27 mai dernier, la Société Française
de Médecine Générale (SFMG) est intervenue au sujet
du Dossier Médical Partagé (DMP). Ce dossier est présenté comme
la pierre angulaire de la réforme de la Santé proposée
par le ministre de la Santé. Obligatoire depuis plusieurs années,
il répond initialement au besoin des professionnels de consigner
des informations nécessaires aux soins et à la prévention.
La multiplication des intervenants, la complexification des procédures
de santé, leur coût et leur possible iatrogénie,
rend utile le partage de ces informations.
La SFMG travaille depuis plusieurs années sur la structuration
des données médicales, tant sur le plan conceptuel que
technique. A côté des problèmes technologiques qui
trouveront leurs solutions, la mise en place d'un tel dispositif nécessite
de se poser quelques questions préalables.
Le contenu
L’histoire de la santé d’une personne est une succession
d’événements. Le dossier médical est un outil
vivant de mémoire et de synthèse pour le médecin,
en constante évolution. Il doit prioritairement aider le médecin à prendre
ses décisions grâce à une information accessible
et opérationnelle. Le médecin de proximité, immédiatement
disponible et qui assure le suivi dans le temps de la majeure partie
des problèmes de santé (75% de la population française
consulte un généraliste dans l’année), a réellement
besoin de ce partage d’informations.
Il est donc indispensable de bien définir ses besoins avant de
se lancer dans la construction d’un dossier médical partagé.
Il n’est pas certain qu'un seul dossier puisse répondre
aux besoins de l'ensemble des professionnels de santé et les investissements
nécessaires se chiffrent en milliards d’euros.
La structuration
La mise en place du dossier partagé va très rapidement
soulever la question du codage des pathologies en médecine ambulatoire.
Comment les médecins noteront-il les problèmes de santé pris
en charge ? Quels outils seront proposés et par qui ? Ces codages
sont possibles, ils sont souhaitables mais ils nécessiteront références,
adaptations et niveaux de certitudes.
La confidentialité
L'histoire médicale d'un patient lui appartient (loi du 4 mars
2002). Le médecin en est seulement le dépositaire par la
volonté du patient et sous le sceau du secret professionnel (art
4 du CDM). En dehors de dérogations légales, ce secret
ne peut être partagé, y compris avec d'autres professionnels
de santé, que dans l'intérêt du patient, avec son
accord et uniquement pour le champ qui les concernent (code de déontologie).
Les nouvelles technologies de la circulation de l’information soulèvent
des questions délicates concernant la confidentialité des
données et leur conservation au cours du temps. Elles devront
aussi permettre le droit à l’oubli, car la vie d'un patient
est faite de différentes périodes et l'oubli fait partie
da la stabilité de chaque être. Qu’en sera t’il
des citoyens qui refusent leurs inscriptions dans un système informatisé,
ou qui demanderont que certaines informations ne soient pas inscrites
au dossier, droit qui est garanti par la CNIL ? Sans aborder la question
qui touche à l’exploitation des données même
anonymes dans un objectif autre que le soin (étude, évaluation,
contrôles de toutes natures...).
Le rôle du dossier médical dans le système
de santé
Enfin, et peut-être surtout, politiques, syndicats, mutualistes,
citoyens et professionnels de santé devront un jour accepter de
préciser ensemble les règles d'utilisation du système
de santé. Le dossier médical partagé aura alors
toute sa pertinence, sinon un dossier médical même partagé ne
sera que le reflet de l’inorganisation du système de santé et
non un moteur pour sa structuration.
La SFMG dispose d’un réseau de collecte en continu de données
médicales en médecine (www.sfmg.org),
elle a déjà réfléchi à certaines de
ces questions et expérimenté certaines solutions.
Elle est en mesure de contribuer au grand chantier du dossier médical
partagé. L’échéance fixée à deux
ans par le ministre rend souhaitable, dans un premier temps, le partage...des
expériences.
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