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Votre responsabilité civile professionnelle est engagée:
ce que vous devez savoir.

Article trouvé sur : http://www.agmf.fr le 23/11/2006

Votre responsabilité est engagée ? primum non sui nocere
(ne pas se nuire à soi-même)
Article extrait du magazine Tout Prévoir N° 374 - septembre 2006

Tout a été dit ou presque sur les apports de la loi Kouchner du 4 mars 2002 qui unifie les règles de responsabilité des professionnels du soin et prévoit la mise en place d’un dispositif de règlement amiable des dommages subis par les victimes d’accidents médicaux. Certains assureurs y ont vu la porte d’entrée vers une dérive à l’américaine quand les associations de victimes craignaient pour leur part de voir stagner les montants indemnitaires Quelques magistrats ont perçu là une manœuvre de défiance vis à vis du pouvoir juridictionnel et une partie de la doctrine juridique s’est chagrinée de ne pas se voir attribuer la place centrale qu’elle considérait mériter ; des avocats se sont plaint d’être exclus du dispositif. Nombre de praticiens enfin y ont vu une tentative d’alourdir les règles de responsabilité civile les concernant…
Bien évidemment, le dispositif instauré par la loi du 4 mars n’est pas sans défauts, mais il faut bien constater, à la lumière de 4 années d’existence, que les évolutions qui en sont issues sont largement favorables à tous.

Sur un plan strictement juridique, il est certain par exemple que l’unification des règles de mise en œuvre de la responsabilité civile professionnelle, désormais exclusivement fondée sur la faute, est un élément sécurisant pour le praticien, qui ne risque plus, sauf cas exceptionnels, de voir sa responsabilité engagée du simple fait de sa présence auprès du patient.

De même, pour les victimes, l’unification des règles de prescription restaure le principe d’égalité entre les citoyens en faisant disparaître les inadmissibles disparités qui avaient cours selon que l’accident médical trouvait son origine dans un cadre hospitalier ou libéral.

Plus important encore, les victimes peuvent aujourd’hui être indemnisées dans les mêmes conditions qu’elles aient eu à pâtir d’un accident médical fautif ou d’un aléa thérapeutique (rappelons qu’avant cette loi, seules les victimes d’aléa thérapeutique en établissement public de soin avaient une chance de voir leur dommage indemnisé).

N’en déplaise donc aux contempteurs initiaux de la loi du 4 mars 2002, la réforme du droit de la responsabilité médicale a clairement eu des effets positifs. Pourtant, on peut regretter qu’une des notions majeures de cette loi n’ait pas fait l’objet de plus de commentaires, alors même qu’elle peut avoir une influence majeure sur le traitement des sinistres en matière de responsabilité civile professionnelle. C’est de l’aspect amiable dont il est question ici et sur lequel il faut insister, quel que soit le mode de réclamation du patient, devant une CRCI, une juridiction ou simplement devant l’assureur du médecin.

Le caractère désagréable, voire traumatisant de la réclamation d’un patient à la suite d’un soin est indicible. Chacun a conscience de l’investissement personnel et du sens des responsabilités que nécessite la pratique médicale. Dès lors, l’insatisfaction, justifiée ou non, d’un patient est souvent vécue par le praticien comme une remise en cause de sa compétence ou de son dévouement. De ce sentiment découle souvent un « raidissement » qui est souvent très mal vécu par les victimes et qui a pour effet d’alourdir leur ressentiment et peut-être même les conséquences psychiques et physiologiques de l’accident. Or, ce ressentiment n’est pas sans compliquer la procédure d’indemnisation qui suit la survenance du dommage.

Peut-être alors est-il nécessaire d’insister sur l’importance de la gestion amiable des réclamations de patients.

On l’a vu, la loi fonde aujourd’hui la responsabilité des médecins exclusivement sur la notion de faute. C’est donc nécessairement une faute qui est reprochée au praticien par le patient mécontent. On comprend bien dès lors ce qu’il peut y avoir de culpabilisant, au sens commun, dans la démarche de réclamation du patient. Il est toutefois important de comprendre que la réclamation est une démarche juridique et que le terme de « faute » ne doit pas être compris juridiquement comme il l’est au sens commun, surtout dans le cadre d’une demande indemnitaire, c’est-à-dire faite en application des règles du droit civil. Au sens du droit civil, dont la vocation est de réparer et non de punir, la faute n’a aucun caractère infamant. Bien évidemment, la faute est constituée par un manquement aux obligations de moyens pesant sur le praticien, mais dans l’esprit du juriste, ce manquement ne remet nullement en cause la compétence générale du praticien. Il est plutôt compris comme un « accident de parcours » qu’il convient bien sûr de réparer équitablement, sans qu’il soit question de porter un regard moral sur cet accident. Dans ces conditions, il convient de garder à l’esprit que la mise en cause n’est pas une remise en cause.

Il est bien entendu difficile, pour un soignant, qui n'est pas professionnel du droit, de comprendre que la mise en oeuvre de la responsabilité civile n'est pas une opprobre. Evidemment, la constatation de l'existence d'une faute est la reconnaissance d'un manquement aux obligations de moyens qui peut être comprise comme une remise en cause globale de la pratique du soignant. Ce n'est pas ici l'esprit du droit qui ne voit dans la faute civile qu'un moyen (assez fluctuant d'ailleurs) « d'accrocher » un fait précis afin de pouvoir en indemniser la victime. Or, en aucun cas, indemnisation n'est sanction. En témoigne d'ailleurs la faible proportion d'actions engagées devant le juge pénal et la plus faible proportion encore d'actions qui y prospèrent.

Cette précision étant comprise, il sera plus facile d'accueillir la réclamation d'un patient sans rigidité, en se souvenant toujours que de votre attitude à cette occasion dépendra de façon certaine la gestion ultérieure du dossier d'indemnisation, et plus important encore mais de façon moins mesurable, l'appréhension par le patient des conséquences dommageables qu'il subit.

Ainsi, face à une réclamation, il convient d’adopter certains comportements « apaisants » qui ne sont finalement que la transcription dans une situation donnée de règles déontologiques générales. Voici donc quelques recommandations qui permettront, le plus souvent, de ne pas obérer définitivement les possibilités de règlement amiable des sinistres en matière médicale :

1 - Ne pas nier l'existence du dommage. Même s'il faut noter qu'environ 75 % des réclamations n'ont pas de suite, la réclamation du patient n'est que très rarement feinte et révèle très majoritairement des troubles réellement ressentis qui doivent être compris et pris en compte.

2 - Ne pas reconnaître sa responsabilité. Il ne s'agit pas ici de jouer sur les mots mais de pouvoir expliquer que la responsabilité est une notion juridique que vous n'êtes pas en mesure d'apprécier et que même en l'absence de responsabilité, il est possible d'obtenir réparation d'un dommage dû au hasard (aléa thérapeutique).

3 - Vous devez indiquer que vous allez faire une déclaration à votre assureur et ne jamais hésiter à en donner les coordonnées. Votre déclaration de sinistre, même si elle ne représente que la première étape de la gestion de votre dossier, doit récapituler clairement l'ensemble des faits et leur chronologie, ainsi que la nature des troubles allégués par le patient.

4 - Vous devez être en mesure d'expliquer les voies que votre patient pourra choisir pour demander indemnisation : ou bien l’envoi direct de sa réclamation à votre assureur, ou bien —dans le cas d'un dommage important—, la saisine avec ou sans avocat de la Commission Régionale de Conciliation ou d'indemnisation (CRCI), ou encore et cette fois, en étant obligatoirement accompagné d'un avocat, la saisine du Tribunal de Grande Instance. N'hésitez jamais à adresser votre patient à la CRCI, qui permet au patient d'obtenir un règlement amiable, rapide et gratuit.

5 – Surtout ne jamais tenter de mettre en cause un confrère devant le patient.

6 - N'être jamais hautain, même face à une réclamation manifestement abusive.

7 - Préparer le dossier médical, sans tenter d'en modifier le contenu. Faut-il rappeler que pour toutes les activités invasives (et donc plus risquées), le dossier devra contenir au moins un compte rendu opératoire et une preuve de l'information délivrée préalablement au patient .

En tenant compte de ces recommandations, qui au bout du compte ne sont qu’une expression des principes de probité et de dévouement énoncés par l’article 3 du code de déontologie médicale, rien ne devrait s’opposer au traitement amiable de la réclamation. N’oubliez jamais qu’en favorisant, par maladresse ou rigidité, la voie contentieuse, c’est à vous même que vous nuirez en premier lieu. S’il est évident qu’il est fortement désagréable de faire l’objet d’une procédure, il est également bon de rappeler que les indemnisations prononcées par le juge sont généralement plus élevées que les indemnisations transigées, ce qui n’est pas sans se répercuter sur le montant des primes d’assurance. D’autre part, il est évident que le traitement pacifié de sa réclamation ne pourra avoir qu’un effet positif sur le patient lui même. Ainsi donc, le caractère amiable sur lequel insiste tant la loi du 4 mars 2002 doit être favorisé autant que possible, en ce qu’il bénéficie finalement à tous.

Philippe Tréguier, Tout Prévoir n°374, sept 2006

 



 
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