Chambre Syndicale des Médecins du Val d'Oise : CSMVO




STATINES II
une autre opinion que celle de l'Afssaps.

copie de l'article du Dr Anastasia Roublev, paru le 03 octobre 2005 dans JIM

lu le 03 octobre 2005 dans JIM lettre hebdomadaire.

Cholestérol : plus bas, plus vite, plus fort…

De même qu’en astronomie nous sommes passés progressivement de l’étude du système solaire à celle des nébuleuses puis des galaxies et des amas de galaxies et enfin de l’univers, en épidémiologie interventionelle nous avons évolué des études randomisées nationales aux essais internationaux incluant plusieurs milliers de patients puis à la métaanalyse et nous en sommes arrivés aujourd’hui au stade suprême, la métaanalyse prospective.

Ainsi en 1994, un groupe international le Cholesterol Treatment Trialists a décidé d’inclure dans une métaanalyse future tous les grands essais en cours ou à venir des statines dans la prévention des maladies cardiovasculaires. Ce caractère prospectif a permis de définir à priori des objectifs, une méthodologie et des critères de jugement et d’éviter ainsi les biais liés aux analyses post-hoc. Le but final était notamment de pouvoir lever les incertitudes qui pourraient subsister sur certains bénéfices et certains effets secondaires des statines du fait de la puissance insuffisante de chacune des études prises individuellement.

Plus de 90 000 sujets suivis pendant 5 ans !

La première métaanalyse prospective issue du travail de ce groupe vient d’être publiée en ligne par le Lancet.

Globalement cette étude porte sur 90 056 sujets ayant été randomisés en double aveugle entre un traitement par statines et un placebo dans le cadre de 14 essais cliniques avec une durée moyenne de suivi de 4,7 ans (4S, WOSCOPS, CARE, Post CABG, AFCAPS/TexCAPS, LIPID,GISSI Prevention, LIPS, HPS, PROSPER, ALLHAT-LLT, ASCOT-LLA, ALERT et CARDS). Pour 47 % des sujets il s’agissait de prévention secondaire et 21 % des patients étaient diabétiques.

Durant la période de surveillance 8 186 participants sont décédés, 14 348 ont présenté un événement vasculaire majeur et 5 103 ont développé un cancer. La diminution moyenne du LDL-cholestérol (LDL-C) à un an était de 1,09 mmol/l (42 mg/L) dans les groupes traités (de 0,35 à 1,77 mmol/L selon les études).

Les résultats des traitements par statines sur la morbi-mortalité ont été calculés pour une baisse du LDL-cholestérol (LDL-C) à un an de 1 mmol/L (0,39 g/L).

Une telle diminution du LDL-C sous traitement a entraîné des baisses hautement significatives (p<0,0001 dans tous les cas) de la nécessité d’une revascularisation myocardique (- 24 %), de la fréquence des infarctus du myocarde ou de la mortalité coronarienne (- 23 %), des événements vasculaires majeurs (- 21 %), de la mortalité coronarienne (- 19 %), des accidents vasculaires cérébraux fatals ou non (- 17 %) et enfin de la mortalité globale (-12 %). Ces effets favorables ont été constatés en prévention primaire comme en prévention secondaire, quels que soient l’âge et le sexe, chez les sujets hypertendus comme chez les normotendus, chez les diabétiques comme chez les non diabétiques, et surtout quel que soit le taux de cholestérol ou de LDL-C de départ (y compris chez les sujets ayant un LDL-C inférieur à 3,5 mmol/L [1,36 g/L] avant tout traitement).

Pas d’augmentation des cancers sous statines

Cette métaanalyse a permis de plus de lever les doutes qui pouvaient subsister sur les dangers carcinologiques des statines puisque le risque relatif de cancer chez les sujets traités a été exactement de 1, sans aucune augmentation de fréquence pour aucune localisation. Il faut à cet égard souligner que ces données ne confirment donc pas les études qui avaient retrouvé un effet favorable des statines sur l’incidence des cancers du côlon ou de la prostate. Enfin le risque de rhabdomyolyse a pu être évalué précisément avec 3 cas supplémentaires chez les sujets traités soit une augmentation (non significative) par rapport au groupe contrôle de 0,01 %.

Vers une nouvelle modification des recommandations internationales

Au-delà de ces données, qui confirment pour la plupart les résultats des grands essais randomisés, cette métaanalyse apporte des éléments relativement nouveaux :

1) Le bénéfice du traitement par statines augmente avec la durée de traitement : par exemple si une baisse de 1 mmol/L de LDL-C à un an diminue la fréquence des événements vasculaires majeurs de 21 %, cette réduction du risque passe à 23 % après 5 ans d’une diminution identique du LDL-C.
2) La relation entre le bénéfice du traitement et la baisse du LDL-C est linéaire. Ainsi, si une diminution du LDL-C de 1 mmol/L pendant 5 ans baisse le risque d’événements vasculaires majeurs de 23 % (RR : 0,77), une réduction de 2 mmol/L du LDL-C diminuerait ce risque de 41 % (0,77 X 0,77).

En terme de santé publique, les implications de cette métaanalyse devraient être importantes et pourraient conduire à modifier les recommandations actuelles sur la prise en charge des hypercholestérolémies.

D’une part, la notion même d’hypercholestérolémie est rendue caduque par ce travail. En effet même avec des taux de LDL-C inférieurs à 3,5 mmol/L (1,36 g/L) (considérés comme « normaux » il y a quelques années seulement !) on tire un avantage d’une baisse du LDL-C de 1 mmol/L en prévention secondaire comme en prévention primaire. Selon les auteurs, les objectifs thérapeutiques ne devraient donc plus être énoncés en seuil de LDL-C à atteindre comme aujourd’hui mais en baisse du LDL-C en valeur absolue. Ceci conforte les conclusions des premiers essais de traitement intensif chez les sujets victimes d’un infarctus du myocarde (étude TNT par exemple) qui démontrent un avantage significatif en terme d’événements cardiovasculaires lorsque l’on ramène le LDL-C en dessous de 0,70 g/L par rapport aux sujets traités selon les recommandations actuelles (LDL-C en dessous de 1g/L). On peut d’ailleurs espérer que des baisses encore supérieures du LDL-C obtenues avec des traitements plus intensifs entraînent une nouvelle diminution de la morbidité (tout en étant conscient du fait qu’il existe sans soute un taux limite du LDL-C au-dessous duquel une baisse serait préjudiciable).

D’autre part, compte tenu de la puissance des statines et des associations thérapeutiques possibles aujourd’hui, avec une bonne observance on peut espérer des baisses du LDL-C allant au-delà de 1,5 mmol/L ce qui devrait permettre de diminuer la morbi-mortalité vasculaire d’un tiers.

En pratique, il semble que d’ores et déjà tous les malades à haut risque vasculaire devraient bénéficier d’un traitement par statines quel que soit leur taux de LDL-C de départ.

Au-delà de cette indication éventuelle qui concerne une très large partie de la population, la question posée (même si les auteurs de cette métaanalyse s’y refusent encore) est peut-être de savoir si, de proche en proche, en traitant des sujets à risque vasculaire de moins en moins élevé, l’ensemble de la population adulte ne tirerait pas avantage d’un tel traitement…

Dr Anastasia Roublev

Cholesterol Treatment Trialists (CTT) Collaborators : « Efficacy and safety of cholesterol-lowering treatment : prospective meta-analysis of data from 90 056 participants in 14 randomised trials of statins. » Lancet 2005 ; publication avancée en ligne le 27 septembre 2005. © Copyright 2005 http://www.jim.fr

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