Chambre Syndicale des Médecins du Val d'Oise : CSMVO




La Médecine libérale: Prospective

décembre 2007 par Philippe ROLLANDIN et le Dr Roger RUA

La médecine libérale occupe une place essentielle dans le paysage sanitaire français. Le médecin spécialiste en médecine générale, médecin de famille et désormais médecin traitant est le premier recours médical de nos concitoyens. Le médecin spécialiste est celui qu'ils consultent directement ou sur recommandation de leur généraliste pour un problème spécifique de santé ou qu'ils choisissent pour une intervention.

S'il n'est pas envisageable de transiger sur les valeurs éthiques et déontologiques, chacun peut mesurer que le cadre de l'exercice libéral en ce début de XXIe siècle n'est plus celui de 1930. Depuis l'apparition des conventions, dès les années 1950, la liberté d'hono­raires est une liberté négociée, encadrée dans des "espaces" et dans le secteur II. La liberté de prescription fait l'objet d'une attention particulière dans le cadre d'objectifs d'optimisation, de développement de protocoles et de recherche d'efficience médico-économique. La liberté d'installation est encore intacte mais le conflit des internes, à l'automne 2007, a montré que cela pourrait ne pas durer. Si la profession dans son ensemble ne s'engage pas dans la voie de la régulation négociée, elle subira la régulation contrainte tôt ou tard. Alors que les pressions en direction d'une marchandisatîon et d'une logique purement économique, voire comptable de la santé et de la médecine s'accentuent, il est temps de redéfinir le libéralisme médical, de le revisiter en adaptant ses valeurs essentielles aux réalités de la société contemporaine, en tenant compte des attentes des patients et de celles des nouvelles générations de médecins. Il est temps de lever le nez au dessus du guidon et regarder, au-delà des problèmes conjoncturels, pour proposer les axes d'une médecine libérale contemporaine qui devra répondre à la question jamais totalement résolue de la relation des médecins avec la société.

CONVENTIONNEMENT : UNE VOIE D'AVENIR

Le principe d'une Convention médicale est de fixer les modalités d'un équilibre entre un objectif sanitaire national permettre à tous les assurés sociaux résidant sur le territoire français d'avoir un égal accès aux soins et l'exercice libéral de la médecine. La Convention établit des relations contractuelles négociées entre les médecins libéraux d'une part et les Caisses d'asssurance-maladie d'autre part qui, par Ses remboursements et les prises en charge, solvabilisent les besoins de santé et l'activité des médecins. Elle détermine les tarifs opposables remboursés et les règles en matière de dépassements tarifaires autorisés dans le cadre conventionnel. Elle est fondée sur un équilibre consenti des droits et devoirs des médecins et des Caisses dans le cadre de cet objectif d'une médecine sociale et libérale. La Convention médicale est un accord collectif s'appliquant à l'ensemble des médecins libéraux qui le souhaitent, négocié et signé par les Caisses d'assrance-maladie désormais regroupées au sein de l'UNCAM et les syndicats de médecins reconnus représentatifs selon une procédure et des critères précis. Le SML est un syndicat « conventionniste » au sens où il adhère au principe des Conventions médicales favorisant une médecine libérale et sociale parce que, précisément le conventionnement collectif a permis le développement d'un exercice libéral parallèlement à un accès aux soins solvabilisé. Cela ne signifie pas qu'il adhère à toutes les Conventions. Au contraire, il a combattu celles qui ne respectaient pas l'équilibre des droits et devoirs entre les médecins et les Caisses, en particulier celle de 1996 instaurant la maîtrise comptable et celle de 1998 - signée pour les seuls médecins généralistes - créant le médecin réfèrent et laissant les spécialistes sans accord collectif et prisonnier d'un Règlement conventionnel minimal élaboré unilatéralement par le gouvernement qui s'est traduit par une absence de revalorisation des actes et une augmentation du volume d'actes.
Un rapport de force différent
En revanche, il a négocié et signé celle de 2005 qui revenait au principe d'égalité reposant sur une logique gagnant/gagnant autour du concept renouvelé de maîtrise médicalisée et du parcours de soins coordonnés.
Les médecins ne sont pas obligés d'adhérer à la Convention. Dans ce cas, ils ne sont évidemment pas liés par les engagements conventionnels mais ne bénéficient pas non plus des avantages conventionnels, notamment la prise en charge par les Caisses d'une partie de leurs charges sociales. Ils sont libres de fixer leurs honoraires mais ceux-ci sont remboursés par l'Assu-rance-maladie, sur la base d'un tarif dit d'autorité dérisoire (actuellement 0,5 €). Moins de 1% des médecins ont choisi de rester en dehors de la Convention.
Une alternative à la Convention médicale collective est-elle possible ? Deux pistes sont envisageables.
- D'une part, un Conventionne-ment individuel qui amènerait les Caisses à proposer à chaque médecin une Convention non négociée par les syndicats. Ce système romprait l'équilibre des droits et des devoirs et déboucherait rapidement sur une médecine de Caisse car le rapport de force entre les Caisses et chaque médecin isolé n'est pas le même qu'entre des Caisses et des syndicats représentatifs nationaux en situation de négociation. Cette évolution n'irait, ni dans le sens de l'inté­rêt des médecins, ni dans celui des assurés. Les deux y perdraient leur réciproque liberté de choix de l'un par l'autre et leur indépendance. En outre, cela ne permettrait pas de définir des objectifs de santé publique car un engagement collectif n'est pas l'addition d'engagements indi­viduels mais l'expression de la volonté de l'ensemble d'une profession.
Le SML a proposé que des avenants à la Convention - négociés entre l'UNCAM et les syndicats de médecins signataires de la convention portant sur des objectifs de maîtrise et/ou de prévention puissent faire l'objet d'adhésion individuelle des médecins. Cet engagement individuel et volontaire s'ajouterait mais ne se substituerait pas à l'accord collectif.
D'autre part, l'absence de Convention,

Cette situation peut résulter d'une absence d'accord entre PUNCAM et les syndicats de médecins, Elle est envisagée par la loi de 2004 qui, dans ce cas, prévoit une médiation sous la forme d'un règlement arbitral, En cas d'échec, c'est le retour au Règlement conventionnel minimal. Pour prévenir la tentation de l'échec par l'une ou l'autre partie, il est nécessaire de fixer des règles du jeu à cet accord minimal, Défini par voie réglementaire, il serait encadré par plusieurs dispositions. Les médecins devraient accepter un certain nombre d'obligations par exemple de suivre une FMC, d'utiliser le dossier médical partagé, etc.
Les honoraires ne seraient remboursés alors qu'à hauteur de 50 % des tarifs opposables, mais les médecins seraient libres de fixer le niveau de leurs honoraires et devraient assumer leurs cotisations sociales. Ces contraintes, risquées pour les uns et les autres, seraient de nature à les inciter à trouver un accord, ce qui n'est pas le cas actuellement.

FINANCEMENT DE LA SANTE:
UN GRAND DEBAT

Dans le cadre réglementaire et législatif actuel, le financement de la santé relève de la quadrature du cercle, Comment financer des besoins collectifs de santé qui augmentent sous l'effet de multiples facteurs dont celui du vieillissement de la population alors que les recettes de la Sécurité sociale stagnent ou progressent peu et qu'il n'est pas envisagé d'augmenter, à périmètre constant, la CSG ou les cotisations sociales ? Selon la Caisse nationale d'assurance-maladie, le nombre de personnes en ALD est appelé à pratiquement doubler d'ici à 2012 puisqu'il passera de 7 millions à 12 millions. Cette seule donnée prouve que les politiques actuelles - maîtrise médicalisée, lutte contre les fraudes, optimisation de la gestion - ne suffiront pas à rééquilibrer les comptes. Faut-il éternellement creuser le déficit et le mettre à la charge des générations futures ? C'est impensable.
Faut-il abandonner le système de solidarité au profit d'un système libéral d'assurance santé et aller vers un système à l'américaine dans lequel 15 à 20% de la population n'a aucune couverture maladie ? C'est un choix refusé par les Français,
Dans ces conditions, on n'échappera pas à un débat sur le financement de la santé, sur les limites de la solidarité, sur la définition d'un panier de soins, sur le plafond du reste à charge, sur la place des complémentaires. Dans toutes les hypothèses, il faudra trouver de nouvelles recettes - TVA sociale, élargissement de l'assiette des cotisations et de la CSG, etc.
-. Toutes les pistes sont ouvertes mais il faut avoir conscience que les déremboursements en catimini, les augmentations de forfaits jounnaliers, les franchises ne constituent qu'une politique de rustine qui a atteint ses limites. Il est temps de faire des choix majeurs. Le débat annuel sur le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale est un débat budgétaire, voire comptable qui n'est pas de nature à impliquer l'ensemble des Français et ne permet pas de prendre des décisions stratégiques. Le rapport sur le bouclier sanitaire (disposition consistant à plafonner le reste à charge personnel des dépenses maladie) apporte un éclairage sur les conditions de prise en charge collective des dépenses de santé et pose des questions de nature à alimenter un débat global, portant notamment sur un clivage entre ce qui relève de la solidarité et ce qui relève de l'assurance et sur la définition de priorités de santé publique.

MAITRISE MEDICALISEE :
UNE ARDENTE OBLIGATION

"On ne tombe pas amoureux d'un taux de croissance" disait François Mitterrand dans les années 70 en réplique à ceux qui considéraient les performances économiques comme un horizon indépassable. Les médecins ne sont jamais tombés et ne tomberont jamais en pâmoison devant le taux de l'ONDAM, l'objectif national de dépense d'assurance-maladie. En revanche, ils peuvent être motivés et impliqués par des objectifs d'optimisation des dépenses remboursées de soins, fondés sur des critères médicaux, reconnus par la communauté médicale : la maîtrise médicalisée.
Les revalorisations d'honoraires depuis 2005 ont été autofinancées
La Convention 2005 a avancé sur 3 points. D'une part, elle a montré aux médecins la voie de la modération d'activité, rendue possible par des revalori­sations successives des tarifs opposables, certes toujours inssuffisantes pour certains mais substantielles pour d'autres, notamment la consultation de médecine générale qui a augmenté de plus de 26 % depuis 2002, voire 32,5 % y rajoutant les forfaits ALD. D'autre part, elle a fixé des objectifs médicaux collectifs possibles à atteindre : diminution des arrêts de travail, développement des prescriptions de génériques, modération et même baisse de prescription de certains médicaments, etc.... Enfin, elle a redéfini, à travers le parcours de soins le rôle respectif des spécialistes en médecine générale et des autres spécialistes, en instituant un médecin traitant et en redonnant une valeur à l'acte de consultant des spécialistes à travers une réforme du C2.
Par la modération d'activité et le respect des objectifs, une enveloppe de revalorisation des actes peut être négociée chaque année. C'est la course prix-volume à l'envers. A ce jeu, tout le monde peut être gagnant. Le SML est, en effet, convaincu que seules les marges de manœuvre dégagées par les médecins permettront la revalorisation de la valeur des actes et leur légitimation dans le contexte éconnomique actuel.
Ce n'est pas un vain mot. Les revalorisations obtenues depuis 2005 par les médecins libéraux ont été autofinancées. En effet au cours des 2 premiers exercices, l'implication des médecins libéraux dans la maîtrise médicalisée a permis à l'assurance-maladie d'économiser 1,6 milliards d'€, ce qui a largement couvert les quelques 750 millions d'€ qu'ont représenté les revalorisations d'honoraires. L'intérêt stratégique de ce gagnant/gagnant n'est aujourd'hui plus à démontrer et de nouvelles négociations d'avenants doivent avoir lieu pour conforter cette logique d'accords.
Pour autant, le déficit de l'assurance-maladie qui avait diminue en 2005 et 2006 a recommencé à augmenter et cela a suffi pour que l'on crie haro sur les médecins libéraux, accusés de ne pas respecter leurs objectifs de maîtrise et sur la Convention, jugée inadaptée pour réduire durablement ce déficit.
Cette accusation est injuste car la situation des comptes de l'assurance-maladie résulte aussi d'autres facteurs. D'abord, de l'évolution des recettes, pénalisée par une croissance plus faible que prévu, et les milliards d'€uros que l'Etat doit à l'assurance-maladie au titre des exonérations de charge. Le gouvernement a certes décidé d'apurer sa dette de 5.2 milliards, mais cela ne fait que régulariser une situation sans préjuger de l'avenir. Ensuite, la médecine libérale n'est pas le seul poste de dépenses; l'hôpital en représente la moitié. Ainsi, même si les objectifs de maîtrise - qui sont fait que régulariser une situation sans préjuger de l'avenir. Ensuite, la médecine libérale n'est pas le seul poste de dépenses; l'hôpital en représente la moitié. Ainsi, même si les objectifs de maîtrise - qui sont chaque année de 500 à 700 millions d'€ - étaient atteints à 100%, cela ne suffirait pas à rétablir les comptes. Il serait souhaitable que s'appliquent aussi à l'hôpital des objectifs de maîtrise médicalisée, d'autant qu'une partie des prescriptions hospitalières (les traitements initiés à l'hôpital, souvent en consultation externe, se poursuivant en ville) est comptabilisée dans l'enveloppe de la médecine libérale. L'intérêt des médecins libéraux est de continuer à s'impliquer dans la maîtrise médicalisée. Mais l'optimisation de la dépense ne dispensera pas d'un débat sur le financement de la santé.

DEMOGRAPHIE MEDICALE :
UN VRAI ENJEU

II faut tordre le cou à cette idée d'une pénurie générale de mé­decins, il n'y a jamais eu autant de médecins en France et la densité globale est une des plus forte d'Europe.
En réalité, le pays est confronté à la désaffection des étudiants en médecine pour certaines disciplines judiciairement exposées comme la chirurgie ou insuffisamment attractives comme la médecine générale et surtout à l'inégale répartition géographique des médecins de toutes filières. Depuis longtemps, le SML affirme que l'augmentation du numérus clausus n'est pas la bonne et seule réponse à cette équation démographique.
Des zones - identifiées par les Missions régionales de santé -sont sous médicalisées et risquent à terme, de devenir des déserts médicaux. Faudra-t-il imposer aux médecins de s'installer dans ces zones ? Cette seule perspective a mis les étudiants en médecine et les internes dans la rue, en grève et en émoi avant que le Président de la République ne réaffirme son attachement à la liberté d'installation, à son refus des mesures coercitives et surtout à sa volonté de ne pas changer les règles du jeu en cours de route. Il a eu raison, non seulement pour calmer une inquiétude légitime et aussi parce que ce serait une mauvaise réponse à un vrai problème plus complexe qull nfy parait.
D'abord, la problématique de l'installation n'est pas la même pour un médecin de spécialité technique, pour un spécialiste clinique et un spécialiste en médecine générale. Le premier ne peut s'Installer que là où il y a un plateau technique. Or, la tendance, tant dans l'hospitalisation privée que publique est au regroupement des établissements et la fermeture des petits hôpitaux excentrés. UEtat peut-il imposer aux libéraux, le contraire de ce qu'il fait avec ses hôpitaux ? Les cliniciens ne peuvent plus travailler de manière isolée, sans un réseau de correspondants (médecins et autres professionnels de santé). On ne peut donc pas isoler la démographie médicale de celle des autres professions de santé. Il est illusoire de croire que l'on contraindra un jeune médecin à s'installer dans un secteur où il ne disposera pas d'un réseau de soins, où son (sa) conjoint(e) n'aura pas d'emploi, où il n'y a pas d'école pour ses enfants et où il n'y a aucune ressource culturelle, ludique, sportive, etc.. Les mesures contraignantes sont vouées à l'échec.
Le SML a été le premier - et longtemps le seul - à tirer la sonnette d'alarme sur les risques de création de déserts médicaux, à demander des mesures fortement incitatives à l'installation dans des zones sous-médicalisées et à demander que l'on informe les futurs étudiants en médecine de cette situation. De ce fait, le SML est à l'aise pour souhaiter une vraie négociation - à laquelle les étudiants en médecine et les internes devront être associés -sur le sujet. Il y a d'autres solutions que le conventionnement sélectif : développement des cabinets secondaires, des regroupements de médecins en maisons médicales ou sous d'autres formes, incitations et bonus tarifaires, aides pe-rennes à l'installation, etc.... Une régulation ou une rationalisation de la démographie médicale s'imposera à moyen terme, tant pour les généralistes que pour les spécialistes,et que d'ores et déjà il faut renforcer les mesures incitatives fortes (prîmes à l'installation et au maintien dans les zones déficitaires, honoraires majorés, bourses d'études, etc.) pour pallier les carences existantes ou à venir.
Et au delà, il faut informer, dès maintenant, les futurs étudiants en médecine qu8au mo­ment de leur installation (dans une dizaine d'années), si les mesures incitatives n'ont pas porté leurs fruits, des restrictions d'installation pourraient être mises en place dans certains secteurs géographiques.

DEPASSEMENTS TARIFAIRES-SECTEUR II :
LES REGLES DU JEU

Depuis sa création en 1980, le secteur à honoraires libres fait l'objet de polémiques, les médecins du secteur II étant accusés d'en prendre à leur aise avec la règle "du tact et mesure". Depuis quelques temps» les rapports se multiplient pour demander sa fermeture, voire sa suppression ainsi que tous les dépassements tarifaires prévus par la Convention médicale.
Le secteur II ne serait-il donc qu'une « pompe à fric » pour les médecins ? Les dernières statistiques de la CNAM montrent qu'une minorité de médecins -essentiellement ceux des hôpitaux publics exerçant dans le cadre de leur secteur privé -demandent des honoraires très supérieurs aux tarifs opposables. Pour la grande majorité, la liberté d'honoraires se situe à quelques pourcents au dessus des tarifs opposables. L'arbre des excès ne doit pas cacher la forêt des modérations. La réalité du secteur II, c'est aussi le choix, pour certains médecins, d'avoir un exercice différent avec des consultations plus longues et donc une activité moindre. D'ailleurs, des enquêtes et des statistiques des caisses elles-mêmes ont démontré que l'activité de la majorité des médecins de ce secteur se situait en dessous de celle des autres médecins. Le secteur II, c'est aussi le choix des patients d'avoir une autre relation avec leur médecin. Le secteur II ne doit être ni un obstacle à l'égal accès aux soins, ni un piège pour les patients. Cela implique d'abord le respect du "tact et mesure"et ensuite, la transparence. Les médecins doivent clairement indiquer qu'ils exercent en secteur à honoraires libres, afficher une fourchette d'honoraires pour les consultations et an­noncer, pour une séquence de soins ou une intervention, le montant des honoraires qu'ils souhaitent demander et enfin, ne pas refuser les assurés CMU-C, ce qui est, au demeurant, une obligation déontologique pour tout médecin quel que soit son secteur d'exercice Les espaces de liberté créés dans le cadre du secteur à tarif opposable et du parcours de soins obéissent à une autre logique. Ils ont souvent pour objectif - c'est particulièrement le cas pour le Dépassement autorisé en cas d'accès direct -d'inciter les patients à entrer dans le parcours de soins et ils sont plafonnés. Au demeurant depuis l'instauration du DA, il a été constaté que les médecins ne l'appliquent pas systématiquement et pas en totalité. Le secteur optionnel peut constituer un compromis entre l'aspiration des médecins à des honoraires supérieurs aux tarifs opposables et la volonté des Caisses et de l'Etat de contenir les compléments tarifaires, ceux-ci étant pris en charge par les complémentaires, Orf les négociations sur le secteur optionnel achoppent sur la question du niveau du complément d'honoraires et donc sur celui de la participation des mutuelles et assureurs complémentaires et sur le champ d'application du secteur optionnel, Les complémentaires souhaitent le limiter aux chirurgiens alors que l'accord du 24 août 2004 - qui en a posé le principe - l'ouvre à l'ensemble des spécialistes. Pour le SML, le secteur optionnel devrait être ouvert aux médecins acceptant un certain nombre d'engagements à négocier. De plus en plus de voix s'élèvent pour demander que le secteur optionnel se substitue au secteur II. Cette proposition n'est pas acceptable car il s'agit de deux approches différentes. Le secteur optionnel doit rester, comme son nom l'indique, une option ouverte aux médecins du secteur I et du secteur II. Ceux-ci y viendront s'il est attractif et s'ils conservent leur droit au retour.

PERMANENCE DES SOINS : UNE REMISE EN ORDRE !

Mission de service public,
la PDS doit être pilotée par l'Etat

"Y a t'il un pilote dans l'avion"? C'est tout le problème de la permanence des soins. Il y a une contradiction entre la mission de service public telle qu'elle est désormais définie et son organisation, éclatée entre l'Etat, les MRS et les partenaires conventionnels. Ceux-ci gèrent les conditions et le financement de la participation des médecins libéraux à la PDS mais n'ont pas de visibilité et de maîtrise sur la sectorisation et la coordination avec l'hôpital.
Cette situation abracadabran-tesque est la cause de tous les dysfonctionnements mis en lu­mière par différents rapports, notamment celui du Dr Grall qui rejoint l'essentiel des pro­positions et la philosophie du Syndicat des médecins libéraux dans ce domaine. Il est nécessaire de sortir la PDS du champ conventionnel et d'en confier le pilotage à l'Etat via les MRS ou ARS qui, disposant d'une ligne budgétaire, seraient en situation d'organiser la PDS et de rémunérer les médecins régulateurs et les médecins effecteurs, selon d'autres modalités que le paiement à l'acte. Reprenant les propositions du SML, le Dr Grall dans son rapport part du constat que, devenue mission de service public, la PDS nécessite un pilotage unique par l'Etat (via les futures Agences régionales de santé) et sa sortie du champ conventionnel. Fondée sur un volontariat incitatif, appuyée sur des Maisons médicales de garde attenantes aux services d'ur­gence des hôpitaux et réorganisée sur une base régionale, la permanence des soins devrait devenir un service performant dans l'intérêt de la population et une activité valorisante pour les médecins.
En ce qui concerne la coordination ville hôpital, il apparaît nécessaire de rapprocher ces maisons médicales de garde des hôpitaux afin d'en optimiser le fonctionnement, En effet un médecin libéral et un médecin hospitalier seraient en situation de déterminer ce qui relève de l'hôpital et ce qui relève de l'ambulatoire. Cette régulation serait de nature à désengorger les services d'urgence des hôpitaux, ce qui correspond aux services pré-portes préconisés de longue date par le SML

CCAM-CLINIQUE :
UN IMPERATIF ET UN PREALABLE

La CCAM-clinique est le chaînon manquant de la modernisation de la médecine clinique. La CCAM-technique a permis, après 10 ans de travaux, une hiérarchisation actualisée et. évolutive des actes techniques en fonction de leur utilité et de leur contenu médical et de leur pénibilité.
Il est nécessaire d'avoir la même démarche mais plus rapide pour les actes cliniques et de les hiérarchiser en fonction de leur contenu médical. Il n'est pas normal que le renouvellement d'une ordonnance, un bilan de santé complet et une première consultation aient la même valeur économique. Il est regrettable que ce grand chantier conventionnel ne soit pas encore réellement ouvert. On pourrait avancer utilement sur ce dossier, mais lors de sa valorisation financière la consultation clinique de base -celle des généralistes - devra avoir la même valeur que celle des autres spécialités.

DOSSIER MEDICAL PERSONNEL :
REGRETTABLE ACCIDENT INDUSTRIEL

Le DMP est un élément incontournable d'une médecine modernisée et informatisée, personne ne pouvant contester rapport de cet outil indispensable à une meilleure coordination des différents acteurs de soins,
II devait être opérationnel en 2007 mais à plusieurs reprises, pour des raisons techniques, juridiques ou conceptuelles, son lancement a été retardé. Un rapport de HGAS, l'IGS et le CGTI, remis en novembre 2007, à la Ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports est très sévère sur le pilotage de ce projet et surtout indique qu'il faut tout remettre à plat sans pour autant négliger les travaux déjà engagés. Dans ces conditions, on ne peut pas espérer un résultat opérationnel avant quelques années pour l'en­semble de la population. Le SML suggère une montée en charge par étape en commençant sa mise en place par les ALD et dans certaines régions. Cet "accident industriel" est rrgrettable, mais pour autant il ne faut pas tout effacer, car un réel travail de réflexion a eu lieu. En attendant, à titre palliatif, la CNAM a lancé le Web médecin qui permet de consulter l'historique des actes.

URML : UNE REMISE A L'ENDROIT

Créées en 1994 dans la foulée de la Convention médicale fondée pour la première fois sur le concept de maîtrise médicalisée, les Unions régionales de médecins libéraux sont le pendant des Unions régionales des caisses d'assurance-maladie, Elles ont pour mission de réaliser des études sur la situation médicale, épidémiolo-giques, médico-économiques de leur région et de donner des aides à la pratique médicale des médecins. Presque 14 ans après leur création, force est de reconnaître que le bilan des URML est très inégal. Certaines ont une action positive mais d'autres sont en retrait. En outre - et c'est là que le bât blesse - l'élection au suffrage universel des membres des Unions sur listes syndicales a transformé les Unions en lieu d'affrontement politico-syndical dans lequel les positionnements et la lutte d'influence ont pris le pas sur le travail de terrain. Pour les médecins, les URML ne sont pas visibles et d'ailleurs, d'élection en élection, leur participation au vote diminue.
Enfin, le calendrier ajoute à la confusion. Le mandat des URML est de 6 ans. La durée d'une Convention est de 5 ans. Résultat : les élections de 2006 ne sont transformées en référendum pour ou contre la Convention. Il est impératif d'inverser ce calendrier "dingo" et de mettre les élections avant la négociation conventionnelle et d'intégrer les résultats dans les critères de représentativité. Cette remise à l'endroit permettrait de recentrer les URML sur leurs missions techniques, notamment d'analyse des données. Au plan national, il est important qu'une instance de coordination, représentant les syndicats à la proportionnelle des résultats, soit instaurée en lieu et place de la Conférence des présidents et de la nouvelle Union nationale des médecins libéraux qui ne font que refléter les clivages syndicaux.
Mais les URML ont-elles encore un avenir, et ce d'autant plus que se profilent les Agences régionales de santé et qu'il faudra une représentation de l'ensemble des professionnels de santé ?

AGENCES REGIONALES DE SANTE:
LE RENDEZ-VOUS

En 1996, la loi avait créé les Agences régionales de l'hospitalisation (ARH) pour piloter la politique hospitalière au niveau régional. Très rapidement, l'idée de transformer les ARH en ARS afin d'assurer une cohérence régionale pour l'ensemble du spectre sanitaire est apparue. Après 10 ans de réflexion et de débats, les ARS devraient voir le jour en 2009 selon un engagement du gouvernement. Le SML n'est pas a priori défavorable à cette régionalisation à la condition que la voix et le poids des médecins et des professions de santé libérales soient reconnus. La position définitive du SML sur ces ARS sera déterminée lorsque les missions des ARS seront définies, et que la représentation des professionnels de santé sera précisée.

SYNDICATS MEDICAUX : DES MOYENS INSTITUTIONNALISES

Dans les années 80, à la suite de nombreuses affaires de financement des partis politiques concernant autant ceux de droite que ceux de gauche, il a été instauré un financement public des partis politiques, ce qui était une reconnaissance de leur rôle dans la vie démocratique.
Les syndicats font vivre la démocratie sociale. On ne peut pas leur demander de prendre toujours plus de responsabilités et ne pas leur donner des moyens correspondants.
En ce qui concerne les syndicats médicaux, on pourrait imaginer une solution : affecter une part des 17 millions d'euros, collectés chaque année par les URSSAF de façon obligatoire pour financer les URML, aux syndicats représentatifs, ayant obtenu un minimum de 5% des voix aux élections aux URML. La médecine générale étant devenue une spécialité, le maintien de deux collèges et donc d'une double représentativité (médecine générale et médecine spécialisée) n'a plus de sens. La représentativité doit être globale.

RETRAITE ET ASV :
UN DEBAT SEREIN NECESSAIRE

Le Sydicat des médecins libèraux a été le premier à s'inquiéter de l'avenir du système spécial de retraite des médecins (l'ASV) en organisant des Etats Généraux de la retraite il y a plusieurs années.Aujourd'hui plus que jamais le problème est toujours d'actualité. Nous ne pouvons faire l'économie d'un débat et surtout d'une prise de décision. Tous les rapports et actuaires ont montré - et c'est une évidence - que la situation actuelle des cotisations ne pourrait perdurer en parallèle avec les prestations versées à nos aînés. Il faut éviter d'une part un conflit générationnel et d'autre part une libéralisation sauvage qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour tous les médecins.
Une position de sagesse est indispensable, car la suppression pure et simple de l'ASV serait désastreuse, car ni la puissance publique ni les Caisses ne prendraient en charge le coût de cette suppression, surtout dans le contexte économique actuel. Cela reviendrait à une rupture du contrat conventionnel liant les médecins libéraux et les caisses. Les actifs et les retraités devraient faire chacun un effort pour lisser la diminution progressive de l'ASV dans le temps, pour éviter la brutalité d'une suppression trop rapide et arriver à un autre équilibre entre cotisants et allocataires, avec un rendement acceptable et évolutif en fonction du marché.
Une négociation des parties en présence aurait pour but d'en définir les contours précis compte tenu des possibilités des uns et des autres. Il faut aussi tenir compte des autres Professions de santé concernées.
Philippe ROLLANDIN
Dr Roger RUA



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